Neochrome
NEOCHROME, un label indé connu de tous depuis 1998 grâce à ses compilations d’anthologie, véritables fourmilières de jeunes talents. A l’occasion de la sortie du double CD Best Of Néochrome, rencontre avec Yonea, le boss du label, en pleine nuit blanche au studio Capitol où Sinik finalise son album.
Présentations…
Je suis Yonea, j’ai 24 ans, et j’habite Paris XVIIIe.
J'ai commencé à 15 ans à faire des cassettes avec Loko, avec qui j'étais à la maternelle.
En 1998, on a sorti Néochrome 1, qui a bien tourné. A cette époque, en face de nous, il y avait Time Bomb et Bombattak, et on les admirait. On a décidé, comme eux, de monter un label, mais le nôtre reste ghetto, et aucun d’entre nous ne vit de ça. D’ailleurs, je suis encore étudiant. Les compilations Néochrome, à la base, c'était vraiment des conneries qu'on vendait au lycée pour se faire plaisir ! Puis Loko est arrivé à Générations, et le buzz a monté. Mais les pressages de nos compilations restent modestes : on a fait 5000 de la première, 8000 de la 2e et 10000 de la 3e. Et puis j'ai stoppé les ventes de la 3e volontairement a 10 000.
Pourquoi ?
Parce que c'est une mixtape !! On n'est pas aux states, si ça avait trop vendu, ça aurait trop parlé d'argent, et c'est pas le but. Un album ok, mais là, c'était une mixtape.
Certaines structures indé ont pris beaucoup d’envergure ces dernières années, comme Din Records ou Nouvelle Donne. Est-ce une prochaine étape pour Néochrome ?
Néochrome, ça a rapporté un peu d'argent, mais il faut savoir que, contrairement aux strcutures dont tu parles, nous sommes en association loi 1901. Donc, tout l'argent qu'on gagne, on le réinvestit dans des projets. Si je mange grâce a Néochrome un jour tant mieux, sinon c'est pas grave, tant qu'il y a moyen de sortir ce qui me plait, c'est chanmé.
Sinon les autres labels, je les calcule pas.
Et puis, nous, ce qui nous différencie, c'est qu'on ne vise pas à être une machine a pognon. On est moins du genre à dépenser des folies en embauchant des boîtes de street marketing qu’à passer 4 heures en garde a vue pour avoir collé nous-mêmes des affiches de Sinik ou Seth Gueko aux Halles. Donc il faut qu'on kiffe vraiment ce qu’on fait pour en arriver là !
On a toujours eu une politique rentre dedans. D’ailleurs, personnellement, j'y connais rien dans les structures, dans les magazines et dans les histoires people. Même pour Sinik t'as vu, ce sont les gens qui sont venus nous chercher parce que ça vendait grave, mais nous on avait rien démarché !
Pourquoi avoir une politique de compilations au lieu de développement d'artistes ?
C'est les deux, c'est du rap ! J'ai envie de développer Seth gueko, Sinik, Adés, Loko, Brasco, et pleins de vieux vautours qui gravitent autour de nous ! Pour moi, ce sont des artistes qui ont du buzz, et il faut du temps pour développer.
Côté son, on bosse avec Sonar, Dave Davery, SR Prods, Enterprise, Jack S, Adés, Loko, etc.
Donc certes, on sort des compilations, mais on a aussi une politique de développement d’artistes.
Quel est ton meilleur souvenir de studio ?
Quand on enregistrait Néochrome chez Ades ! On faisait monter 3 groupes par jour. Il faisait 49 degrés dehors. C'était une cabine en bois et du coup, ça faisait sauna. Les gars de La Brigade étaient torse nus, ça a failli finir en hamman pour mâles ;) C'était un souvenir drôle.
Une fois aussi chez Adés pareil, on avait RDV avec 3 groupes pour enregistrer, et Adés était en zonzon. Du coup on a passé la journée avec tous les artistes en train d'attendre au pied de l'immeuble, sans savoir ou était Adés.
Ton pire ?
C'est quand j'ai enregistré Néochrome 3 ! Je suis revenu de Garges à La Chappelle à pied avec un préampli et un micro, c'était la mort ! Même pour Néochrome 1, j'allais en vélo chez le mec qui faisait les impressions des visuels, j'avais les roues crevées, je roulais 10 km derrière tout le monde. Crevard style quoi !
Tes meilleurs souvenirs hiphop en général ?
Mais déjà t'as vu, je ne me sens pas spécialement hiphop dans l'esprit, dans le ketru à la Bambaataa ou quoi, mais j'suis partant pour me déplacer voir n’importe qui qui déchire, hiphop ou pas !
Sinon quand même, un de mes plus beaux souvenirs, c'est le concert de La Brigade, quand j’étais petit. Ils avaient mis des masques à gaz et ils lançaient de la fumée, j'avais trouvé ça trop fort. Quand Kery James a chanté Hardcore vers chez moi aussi, les darons comprenaient rien et criaient « Encore» au lieu de « Hardcore ». Aussi le concert du 113 à la Goutte d'Or, parce qu’un petit est monté sur scène avec un T-Shirt Néochrome en disant que nos compilations tuaient ! Et puis de façon plus générale, quand tu vois des petits de 15-16 ans qui connaissent des paroles par coeur, même si c'est pas des groupes que j'aime particulièrement, ça me fait chaud au coeur, parce que c'est cet esprit de partage que je recherche.
Comment se passe le choix des artistes sur les compilations Néochrome, parce la palette est extrêmement large, de Diam’s à TTC ?
Le choix s'est fait et continue de se faire au feeling. TTC, c'était leur première apparition, Sinik aussi. Nysay n'avait quasiment rien fait non plus avant. J'avais entendu des maquettes.
Aujourd'hui, c'est vrai que quand je regarde la première Néochrome, je vois que certains ont bien pris du buzz !
En tout cas, on voulait apporter un son qui n’est pas spécialement mis en avant dans les autres compilations, parce que faire un TAXI 3, c'est sans moi. Nous, on est roots, on est longtemps allés de home studio en home studio, j'aurais jamais pensé que le buzz Néochrome pendrait aussi bien ! Les gens ont parlé, et ont sans doute apprécié notre fraîcheur et notre spontanéité, et aussi le fait que n’importe quel rappeur, s'il est fort, peut se retrouver dessus. D'ailleurs, c’est dans ce même esprit, pour qu'un maximum de gens aient accès a nos compiles, qu’on s'attache à les vendre moins de 10 euros. Même pour le double CD Best Of qui vient de sortir.
Quel regard portes-tu sur les autres compilations qui sortent aujourd'hui ?
Je préfère des compiles même avec des imperfections que des compilations de lèche-cul. Les popotes entre potes, ça donne des enfants mongols ! Et puis aussi, ils veulent tellement mettre les artistes que les gens aiment, que la notion de découverte a disparu.
Nous, on est dénicheurs de talents. Mais bon, il y a tout de même des choses chamné en ce moment qui sortent, même Street Lourd, j'aime bien le délire. J'aime bien l'état d'esprit de la Mafia K1Fry, le fait de tirer les autres vers le haut, comme Demon One ou OGB qu'ils ont mis en valeur. Il y a aussi Illicite Project qui s'annonce bien, mais j'attend d'écouter.
Le street CD est très à la mode aujourd’hui. Fais-tu partie des nostalgiques des mixtapes cassettes ?
Tout a une évolution ! A l'époque, les gens étaient sur des charrues avec des chevaux, moi je ne suis pas la fée carabosse, c'est pas moi qui ait inventé les formats ! Je m’adapte, c’est tout.
Aujourd'hui, oui, on est nostalgique vis à vis de la cassette, mais demain on le sera à propos du CD. Je ne tiens pas compte des évolutions technologiques, mais des évolutions artistiques.
Je viens d’assister à ta méchante défaite à PES4 contre Sinik, alors osons une analogie avec le hiphop. Si le hiphop était un jeu de PES4, quelles seraient les manettes idéales ?
J'aimerai que ça soit le public ! Qui peut déterminer ce qui est bien, à part le public ?
Contre quelle équipe aimerais-tu te battre ?
Contre TF1 !!! (rires). Parce que mes parents, ils ne regardent que TF1, et chaque jeudi soir je suis obligé de regarder Julie Lescaut, et tous les jours Les Feux de l'Amour à 13h.
Sinon, j’aimerais aussi me battre contre l’équipe des vieux rockeurs en santiags qui tirent les rennes du marché !
Quelle serait la plus belle victoire ?
Que les vrais bons rappeurs ne deviennent pas des artistes gâchés, et puissent être appréciés a leur juste valeur ! Suivez mon regard …
Dans quelle grande équipe aimerais-tu jouer ?
J'aurais aimé jouer chez Def Jam ou dans le Wu !
Quelle serait pour toi la 3e mi-temps idéale ?
Ca serait prétentieux de dire qu'après un glorieux match, j'aimerai utiliser ma thune de façon utile pour les autres. En plus, ça demande beaucoup d'argent et un nom. Mais si je peux me servir de mon nom pour aider les jeunes après à réaliser leurs projets, ça me ferait plaisir. Mais pas comme les assoces de quartiers qui sont pour moi des gendarmes de l'état français déguisés, je voudrais faire ça de façon indépendante. Bien que attention, je blâme les structures d'assoces, pas les gens eux-mêmes, parce que je sais qu'il y a des bénévoles chanmé là-dedans. Mais voilà, j’aimerai ne pas gâcher ma victoire dans une troisième mi-temps superficielle et éphémère